Le projet d'extension

Le projet d’extension s’inscrit dans la tradition monastique, avec des locaux dédiés à la vie conventuelle, et a toute sa légitimité dans l’enceinte d’une ancienne abbaye. Son ampleur contrôlée et raisonnable a permis de concevoir une extension à l’échelle du site. En outre, la dé-densification annoncée de l’aile orientale du XVIIIe siècle va permettre de redonner leur vocation originelle à des espaces majeurs, comme la salle capitulaire, ce qui est un atout pour la mise en valeur des anciens bâtiments monastiques.

Les aménagements extérieurs, qu’ils soient paysagers ou d’infrastructures, résultent de plusieurs préoccupations concomitantes :

– Assurer un accès aisé dans la clôture monastique pour les véhicules de livraison et les véhicules personnels de la communauté, sans créer de nuisances sonores ou visuelles trop fortes sur les bâtiments conventuels.

– Anticiper l’accueil des résidents en retraite, des amis de la communauté et des membres de la famille des frères bénédictins, qui seront conçus dans le cadre du projet de l’hôtellerie, non encore prévue actuellement.

– Libérer l’espace du parvis de l’abbatiale, en procurant un recul et une esplanade permettant la contemplation du paysage bocager et de la façade Ouest.

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– Disposer les ateliers et hangars de travail dans la clôture monastique, en tenant compte de nuisances éventuelles (bruits, odeurs, salissures) générées par ces activités.

– Traiter le jardin du cloître comme un paysage à la fois apaisant et odorant, sans ostentation.

– Renvoyer la gestion du stationnement des véhicules de visiteurs au-delà de la porterie, dans un terrain approprié.

Le plan des abords privilégie, à la demande des moines, une parfaite dissociation entre les lieux de la prière, et les lieux de la vie temporelle.

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L’insertion au site du projet sera matérialisée par la restauration, la création ou la modification de plusieurs murets en maçonnerie de moellons, traduisant le dispositif en terrasse de l’implantation monastique médiévale, tel qu’on peut encore le voir à l’Est des bâtiments conventuels. Leur présence atteste une volonté, lors de l’installation de l’abbaye cistercienne, de remblayer le terrain en terrasse au-dessus de la tourbière marécageuse longeant le cours du ruisseau, afin de l’aplanir et de l’assainir. Ces anciens tracés seront donc préservés, avec quelques adaptations liées à la création d’accès ou de chemins nécessaires aux travaux agricoles.

L’accès à l’abbaye a été complètement repensé, pour éviter que des véhicules empruntent régulièrement le chemin actuel passant devant le parvis de l’abbatiale, et pour séparer très clairement l’entrée « visiteurs » de l’entrée des frères.

Côté abbatiale, le parvis actuel sera requalifié, pour mettre en valeur la belle façade occidentale de l’église romane, avec un pavage ou une calade au-devant de la façade occidentale. Ce parvis sera encadré de murets bas et desservira la porterie. Au nord de ce dernier, un portail en ferronnerie marquera également la limite de la clôture, tandis que le talus en contre-haut sera aménagé en terrasse.

Enfin, les ateliers sonores et salissants, après mûre réflexion, et suite à leur réduction, ont été imaginés à l’arrière du monastère, dans les jardins Est. Ces ateliers seront enterrés dans le sol derrière le mur de soutènement méridional du jardin.

La greffe des extensions sur le bâti existant
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Quatre préoccupations majeures ont présidé à l’insertion des bâtiments neufs au sein de l’ancienne abbaye :

– Rendre parfaitement lisible, à tous les niveaux (du R-1 jusqu’au toit) la limite physique entre le bâti existant et le bâti créé, à la jonction entre l’aile Est existante et l’aile Sud créée.

– Réduire la hauteur de l’aile Ouest, fermant le carré du cloître au couchant, pour éviter de masquer complètement l’aile Est depuis la route.

– Créer une fente de distanciation volontaire entre l’aile Ouest et la façade occidentale de l’abbatiale, à la fois pour des raisons techniques (les fondations du bâti neuf ne doivent pas toucher celles de l’abbatiale), mais également pour préserver l’insigne façade de toute construction adossée.

– Faire en sorte que les trois galeries reconstituées du cloître soient conçues comme un objet autonome et identifiable, s’insérant « en tiroir » entre l’abbatiale et l’aile Sud, sans qu’aucun point d’ancrage ne soit réalisé dans les maçonneries du mur gouttereau Sud de l’abbatiale.

Volontairement non gestuelle et presque intemporelle, l’écriture architecturale préconisée incarne tout à la fois la rigueur et la retenue de la règle de Saint-Benoît.

La « datation » de l’intervention transparaîtra à travers le traitement de quelques détails, notamment la ferronnerie des grilles, le dessin des menuiseries ou encore le traitement des appareils en pierre de taille ou des maçonneries de moellons, grâce à une mise en œuvre identifiable.

La nécessaire harmonisation des bâtiments neufs et des bâtiments anciens demande également un traitement mimétique des toitures et des façades, pour créer une unité à l’intérieur du cloître notamment. Empreinte de sobriété, voire d’une certaine « banalité », l’écriture architecturale doit toutefois éviter une trop grande austérité, que les frères ne souhaitent pas.

L’unité a d’abord été recherchée dans le carré du cloître, lieu central de la vie monastique, dont les galeries servent non seulement de promenoir de lecture et de méditation aux frères, mais également d’organe de liaison entre les différents espaces conventuels gravitant autour de lui.

Les bâtiments neufs se singularisent toutefois par l’emploi d’un appareil en pierre de taille en soubassement, qui correspond à la base des colonnettes du portail voussuré de l’abbatiale. Ce soubassement court à la même altitude tout au long des façades extérieures des extensions, jusqu’à former un socle monumental au Sud, derrière lequel sont conçus les espaces de stockage et les ateliers alimentaires.

L’écriture architecturale
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La composition des façades

La composition des façades reflète et transcrit particulièrement bien le programme monastique, qui induit par nature, par la présence de cellules toutes dimensionnées de la même manière, un rythme régulier des percements. Seul le réfectoire, avec ses grandes verrières, se distingue de l’ensemble, en donnant une dimension plus noble et plus solennelle à l’extrémité Ouest de l’aile Sud, dans laquelle il est implanté.

Un rigoureux ordonnancement préside à la mise en place des baies, établies en travées régulières, correspondant au rythme des cellules monastiques, toutes localisées au premier étage. Les baies sont en outre ornées d’un cadre en pierre de taille, lui-même en appui sur un bandeau filant, matérialisant les niveaux d’allège.

Le choix des matériaux

Nous avons opté pour des matériaux répondant à des critères de pérennité pour les revêtements, et de performances énergétiques pour la structure des murs.

Le choix de l’appareil en pierre de taille pour les modénatures structurantes (le soubassement, les encadrements de baies, les bandeaux et les corniches) s’impose de lui-même, par un phénomène de connivence naturelle avec l’architecture en présence. La prépondérance de la pierre de taille partout ailleurs dans le monastère, et la proximité des bâtiments créés avec les bâtiments existants plaident en outre en faveur de ce matériau.

Le choix d’un corps d’enduit traditionnel s’impose ici aussi naturellement que celui de la pierre, car il n’est pas concevable d’imaginer un enduit hydraulique moderne dans un site de cette valeur.

Les toitures seront établies en terre cuite, soit avec de la tuile plate pour les toitures de l’aile.

Sud et de l’aile Est, soit avec de la tuile creuse pour l’aile Ouest. L’unité de teinte sur les toits a dicté le choix de la terre cuite, nécessitant impérativement de ce fait la dépose des couvertures actuelles en ardoises, datables du XIXe siècle. L’ensemble des toitures des bâtiments monastiques sera ainsi entièrement homogène, avec l’emploi exclusif de la terre cuite.

Le cloître fera seul l’objet d’un traitement particulier, compte tenu de son insertion plus délicate dans le bâti existant, et de l’exigence de légèreté induite par l’impossible restitution des galeries dans leur disposition originelle. Pour ne pas alourdir leur mise en place, les galeries du cloître ont été conçues en chêne, y compris pour la couverture, qui sera constitué de tuiles en bois, à la façon des bardeaux de châtaignier.